Les masculinismes : quelles réponses du droit en Europe ?

Séminaire de l’IREDIES
Les masculinismes : quelles réponses du droit en Europe ?
Cycle de séminaires « Violences sexistes et sexuelles en Europe »
Organisé par Madame la Professeure Laurence Burgorgue-Larsen et Madame Clara Grudler

Avec les interventions de :
Madame Laurence Rossignol, Sénatrice du Val-de-Marne
Monsieur le Professeur Olivier Cahn, Professeur de Droit pénal à l'Université Paris Nanterre
Madame Stéphanie Lamy, Chercheuse, spécialiste des guerres de l’information et militante féministe
Monsieur le Professeur Valère Ndior, Professeur de Droit public à l’Université de Bretagne Occidentale
Jeudi 19 novembre 2026
14h30-17h30
Salle 13 (Salle des séminaires) du centre Lourcine et sur Zoom
Le masculinisme se présente comme « l’une des formes les plus structurées de l’antiféminisme contemporain » (HCE, Rapport annuel 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France. La menace masculiniste, p. 60). Loin d’induire une symétrisation avec le mouvement féministe, donc l’objectif consiste en l’égalité des sexes, le mouvement masculiniste vise à renforcer la domination masculine en promouvant ou en justifiant les violences sexistes et sexuelles commises par les hommes sur les femmes. Durant ces dernières années, le croisement entre les intérêts de plusieurs groupes d’influence, soit de groupes politico-religieux et d’acteurs financiers, permet le financement des activités d’un certain nombre d’influenceurs masculinistes et, partant, la diffusion massive de contenus masculinistes notamment par les réseaux sociaux. Une telle diffusion favorise la radicalisation sexiste et misogyne des adolescents et des jeunes hommes via les contenus diffusés en ligne. Cette radicalisation, impliquant l’adhésion des garçons et des hommes à une idéologie reposant sur la suprématie du genre masculin et la haine des femmes, se manifeste par des violences exercées sur les femmes, à la fois en ligne et hors ligne. Les violences à l’encontre des femmes sont alors perpétrées selon un continuum : ces violences s’expriment à la fois dans l’environnement numérique (avec notamment le cyberharcèlement et les menaces en ligne), et hors ligne (avec les féminicides et les attentats ciblant les femmes). Il importe d’identifier les différentes catégories de masculinismes déployées en Europe, de manière à cerner les types de violences employées par ces groupes contre les femmes. Cette démarche pourrait ensuite permettre d’envisager un cadre européen commun pour prévenir et endiguer ces violences, éventuellement à partir des réglementations et des pratiques des Etats européens.
Le premier champ d’étude est celui des violences sexistes et misogynes en ligne. A l’échelle de l’Union européenne, le DSA pourrait être mobilisé pour accroître la responsabilité des plateformes à l’encontre de la diffusion de contenus haineux, pouvant être analysés comme des contenus illicites. Il conviendrait alors de renforcer les obligations des plateformes en ligne à la fois quant à la modération, au signalement et au retrait de tels contenus illicites. De même, il devient crucial d’entamer une réflexion relative à l’écosystème politico-religieux prônant le suprémacisme de genre, relayé par le complexe technologico-financier rendant possible la diffusion massive de contenus masculinistes en ligne. Dans la mesure où ces contenus sont disponibles en Europe et ciblent des hommes européens, l’Union européenne pourrait adopter des mesures permettant d’exiger une transparence des circuits financiers entre les différents acteurs relevant de cet écosystème. Il s’agirait alors de réduire l’opacité des stratégies d’influence qui s’expriment, sous la forme de réseaux transnationaux, au travers des alliances de groupements politico-religieux, des acteurs financiers et des grandes plateformes en ligne.
Le second champ d’étude est celui des violences sexistes et misogynes hors ligne. Il pourrait alors être envisagé d’adapter les mécanismes existants du droit pénal que la menace masculiniste soulève quant à l’intégrité physique et psychologique des femmes. Les dispositifs de prévention des violences sexistes et sexuelles sur les femmes s’articuleraient alors avec les règles de droit pénal réprimant les violences à leur encontre. De même, il devient urgent que des mesures communes soient adoptées, au niveau de l’Union européenne, afin de qualifier les milieux radicaux masculinistes de groupes terroristes, de manière à enclencher une essentielle coopération policière et judiciaire en matière pénale entre les Etats membres sur le sujet. Au-delà de mesures sectorielles, l’adoption de lois-cadres, a minima par les Etats européens, au mieux par l’Union européenne, assortie de solides politiques publiques, pourrait permettre de lutter plus efficacement contre les violences sexistes et misogynes auxquels se livrent les groupes masculinistes.
Les inscriptions à cet évènement sont obligatoires :